La première question que se posent les lycéens attirés par la santé, après celle de l’accès, porte sur la durée. Combien d’années faut-il réellement pour devenir médecin, pharmacien ou chirurgien-dentiste ? La réponse n’est pas un chiffre unique : elle dépend de la filière choisie et, pour la médecine, de la spécialité visée. Cet article récapitule les durées de chaque cursus de santé après une première année PASS ou L.AS, étape par étape, pour vous aider à mesurer l’engagement que représente chacune de ces voies. Il complète notre guide des filières MMOPK et notre dossier sur l’accès aux études de santé via le PASS et la L.AS.
La première année compte dans le total
Une confusion fréquente fausse le calcul dès le départ. Beaucoup de candidats raisonnent comme si les études commençaient après la première année, en ajoutant la durée du cursus à l’année de PASS ou de L.AS. C’est une erreur. La première année fait partie intégrante du parcours et figure déjà dans les durées officielles.
Quand on lit qu’il faut six ans pour devenir pharmacien ou neuf ans pour devenir médecin généraliste, ce décompte part du baccalauréat et inclut l’année d’accès. Le PASS et la L.AS ne sont pas des années préparatoires extérieures au cursus, contrairement à une classe préparatoire aux grandes écoles : ce sont les premières années universitaires de la formation de santé elle-même. Le PASS valide soixante crédits qui appartiennent au cursus de santé, et la L.AS valide une première année de licence avec une mineure santé.
Cette précision change la lecture des chiffres. Un étudiant qui réussit sa première année du premier coup et qui devient médecin généraliste aura passé environ neuf années après le baccalauréat, première année comprise, et non dix. Pour bien anticiper, retenez que toutes les durées citées dans cet article partent du baccalauréat et intègrent l’année d’accès.
Reste une nuance : la réforme de 2019, qui a remplacé l’ancienne PACES par le PASS et la L.AS, a maintenu cette logique d’intégration. La loi du 24 juillet 2019 a réorganisé l’accès sans rallonger artificiellement les cursus. Pour comprendre cette réforme et ses conséquences sur l’accès, consultez notre comparatif PASS ou L.AS selon votre profil.
Médecine : de neuf à onze ans selon la spécialité
La médecine est la filière la plus longue, et sa durée varie nettement selon la voie suivie après le deuxième cycle. Le cursus se découpe en trois grandes phases, dont la dernière, l’internat, fait toute la différence.
Le premier cycle correspond aux trois premières années, première année d’accès comprise. Il valide une formation générale en sciences fondamentales et en sémiologie, et débouche sur le diplôme de formation générale en sciences médicales. C’est durant ces années que l’étudiant acquiert les bases théoriques avant d’aborder la clinique de façon plus approfondie.
Le deuxième cycle, souvent appelé externat, couvre les trois années suivantes. L’étudiant alterne enseignements et stages hospitaliers, et participe progressivement à la prise en charge des patients sous supervision. Ce cycle se conclut par les épreuves dématérialisées nationales, dont le résultat détermine le choix de la spécialité et du lieu d’internat. Nous détaillons ce passage dans notre article sur l’externat, les EDN et l’internat en médecine.
Le troisième cycle, l’internat, est celui dont la durée varie le plus. Pour la médecine générale, il dure trois ans, ce qui porte le total à environ neuf années après le baccalauréat. Pour une spécialité médicale ou chirurgicale, l’internat s’étend de quatre à six ans selon la discipline. Une spécialité chirurgicale lourde peut ainsi conduire à onze années d’études au total. À l’issue de l’internat, la soutenance d’une thèse d’exercice donne le titre de docteur en médecine et le droit d’exercer.
Voici un repère synthétique pour la médecine, du baccalauréat à l’exercice :
| Étape | Durée | Cumul depuis le bac |
|---|---|---|
| Premier cycle (accès + bases) | 3 ans | 3 ans |
| Deuxième cycle (externat) | 3 ans | 6 ans |
| Internat médecine générale | 3 ans | 9 ans |
| Internat spécialité | 4 à 6 ans | 10 à 12 ans |
Les durées d’internat par spécialité sont fixées au niveau national et peuvent évoluer. Pour les valeurs exactes en vigueur, reportez-vous aux textes publiés par le ministère de l’enseignement supérieur sur son site officiel.
Pharmacie : six ans, neuf avec l’internat
Les études de pharmacie sont plus homogènes en durée, mais leur longueur dépend de la filière choisie en cours de cursus. La structure générale tient en six années, première année incluse, avec une bifurcation importante au milieu du parcours.
Les premières années posent les bases scientifiques communes : chimie, pharmacologie, biologie, physiologie. À partir de la cinquième année, l’étudiant s’oriente vers l’une des trois filières principales. La filière officine prépare au métier de pharmacien d’officine et se termine en six ans, par une année hospitalo-universitaire et la soutenance d’une thèse d’exercice. La filière industrie, tournée vers la recherche, la production et les affaires réglementaires, se boucle également en six ans.
La troisième voie, la filière internat, fonctionne différemment. Elle se prépare en passant un concours national en cinquième année. Réussir ce concours ouvre quatre années d’internat, qui mènent à la biologie médicale, à la pharmacie hospitalière ou à la recherche. Le total atteint alors environ neuf années après le baccalauréat. Toutes les filières débouchent sur le même diplôme d’État de docteur en pharmacie, mais les débouchés et la durée diffèrent. Notre article dédié détaille les filières et débouchés de la pharmacie.
Le choix entre ces filières se construit au fil des années, en fonction des goûts et des stages. Un étudiant attiré par le contact avec les patients s’orientera plutôt vers l’officine, tandis qu’un profil porté sur l’analyse et le laboratoire visera la biologie médicale par la voie de l’internat.
Dentaire : six ans en généraliste, plus en spécialité
Les études d’odontologie, qui mènent au métier de chirurgien-dentiste, durent six ans pour un praticien généraliste, première année comprise. Le cursus combine très tôt enseignements théoriques et travaux pratiques cliniques, car la dimension manuelle du métier exige un long entraînement.
Le premier cycle couvre les trois premières années, accès inclus, et valide les bases en sciences fondamentales et en odontologie. Le deuxième cycle, sur les deux années suivantes, intensifie la pratique clinique : l’étudiant soigne des patients au sein du service hospitalo-universitaire sous la supervision d’enseignants. La sixième année, dite année de fin d’études ou cycle court, conclut le parcours du futur généraliste par la soutenance d’une thèse d’exercice et l’obtention du diplôme d’État de docteur en chirurgie dentaire.
Pour les étudiants qui visent une spécialité, le parcours s’allonge. L’accès aux internats en odontologie, qui couvrent l’orthopédie dento-faciale, la médecine bucco-dentaire et la chirurgie orale, passe par un concours. L’internat ajoute alors trois à quatre années au cursus, portant le total autour de neuf ou dix ans. La chirurgie orale, à cheval entre l’odontologie et la médecine, constitue le parcours le plus long du champ dentaire. Notre dossier complet aborde le métier de chirurgien-dentiste et les études dentaires.
Maïeutique et kinésithérapie : cinq ans
Deux filières de santé se distinguent par une durée plus courte : la maïeutique, qui forme les sages-femmes, et la kinésithérapie. Toutes deux se bouclent en cinq ans environ, première année comprise, et mènent à un diplôme d’État réglementé.
Les études de maïeutique durent cinq ans. Après l’année d’accès en PASS ou en L.AS, l’étudiant intègre une école de sages-femmes, souvent rattachée à un centre hospitalier universitaire. La formation alterne enseignements théoriques en physiologie de la grossesse et de l’accouchement, et stages cliniques nombreux en maternité. Le cursus aboutit au diplôme d’État de sage-femme, qui autorise le suivi des grossesses physiologiques, les accouchements et le suivi gynécologique de prévention. Notre article approfondit les études de maïeutique pour devenir sage-femme.
La kinésithérapie suit une logique voisine. Une année d’accès (PASS, L.AS ou, selon les universités, d’autres voies d’admission comme une première année de STAPS ou de sciences) précède l’entrée en institut de formation en masso-kinésithérapie. La formation en institut dure quatre ans, ce qui porte le total à cinq années. Le diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute permet d’exercer en libéral, en établissement de soins ou en structure spécialisée. Les modalités d’accès à la kinésithérapie sont parmi les plus variables d’une université à l’autre, comme nous l’expliquons dans notre guide sur l’accès aux études de kinésithérapie.
Ces deux filières attirent des candidats qui souhaitent exercer un métier de santé sans s’engager dans le cursus le plus long de la médecine. Leur sélectivité reste élevée, car le nombre de places est limité, mais la durée plus courte change la perspective d’orientation.
Comparer les durées en un coup d’œil
Pour situer chaque filière les unes par rapport aux autres, ce tableau récapitule les durées indicatives après le baccalauréat, première année d’accès comprise. Les valeurs correspondent au parcours généraliste de chaque filière, avant toute spécialisation par internat.
| Filière | Durée totale (accès inclus) | Diplôme final |
|---|---|---|
| Kinésithérapie | environ 5 ans | Diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute |
| Maïeutique (sage-femme) | 5 ans | Diplôme d’État de sage-femme |
| Pharmacie (officine, industrie) | 6 ans | Diplôme d’État de docteur en pharmacie |
| Odontologie (généraliste) | 6 ans | Diplôme d’État de docteur en chirurgie dentaire |
| Pharmacie (internat) | environ 9 ans | Diplôme d’État de docteur en pharmacie |
| Médecine (générale) | environ 9 ans | Diplôme d’État de docteur en médecine |
| Médecine (spécialité) | 10 à 11 ans | Diplôme d’État de docteur en médecine |
Ce tableau donne des ordres de grandeur stables, mais il faut le lire avec deux réserves. D’abord, ces durées supposent un parcours sans redoublement ni réorientation : un échec en cours de route allonge mécaniquement le cumul. Ensuite, les chiffres précis des internats peuvent évoluer selon les réformes en cours, et certaines passerelles modifient les trajectoires. Pour les cas particuliers, l’ONISEP publie des fiches métiers actualisées qui détaillent chaque cursus.
Ce qui peut allonger ou raccourcir le parcours
Les durées affichées correspondent à un parcours linéaire. Dans la réalité, plusieurs facteurs modifient le temps réellement passé en études, et il est utile de les connaître avant de s’engager.
Le redoublement de la première année est le premier facteur d’allongement. La sélectivité du PASS et de la L.AS conduit de nombreux étudiants à ne pas valider l’accès du premier coup. Selon la voie, un second essai est parfois possible, ce qui ajoute une année au parcours. Notre article sur l’échec en PASS et le rebond en L.AS détaille ces situations et les solutions de poursuite d’études.
Le choix de la spécialité, en médecine comme en pharmacie ou en odontologie, est le deuxième facteur déterminant. Viser la médecine générale conduit au cursus le plus court de la filière médecine, tandis qu’une spécialité chirurgicale peut ajouter deux à trois ans. Ce choix se fait tardivement, après le deuxième cycle, mais il pèse lourdement sur la durée finale.
À l’inverse, certaines passerelles peuvent raccourcir ou réorienter le parcours. Des étudiants déjà titulaires d’un diplôme dans un autre domaine peuvent, sous conditions, accéder directement à la deuxième ou à la troisième année de certaines filières de santé. Ces passerelles, encadrées et sélectives, évitent de repasser par la première année. Nous décrivons ces dispositifs dans notre article sur les passerelles vers la médecine et l’accès direct.
Enfin, la mobilité internationale et les années de recherche peuvent rallonger volontairement le cursus. Un étudiant qui intercale un master recherche ou une année à l’étranger ajoute du temps, mais enrichit son profil. Ce sont des choix personnels, distincts de la durée minimale réglementaire.
Bien situer la durée dans son projet d’orientation
Connaître la durée de chaque filière ne suffit pas à décider : encore faut-il replacer ce critère dans un projet d’orientation cohérent. La longueur des études est un paramètre parmi d’autres, aux côtés des débouchés, du mode d’exercice et de la rémunération.
Un cursus long n’est pas en soi un obstacle s’il correspond à une vocation solide. La médecine spécialisée demande plus de dix ans, mais elle ouvre sur des métiers très divers et recherchés. À l’inverse, une filière plus courte comme la kinésithérapie ou la maïeutique permet d’exercer plus tôt, ce qui peut compter pour un candidat soucieux d’entrer rapidement dans la vie active. Aucune durée n’est meilleure qu’une autre dans l’absolu : tout dépend du métier visé.
La durée doit aussi se penser en lien avec le coût et le financement, car des études longues impliquent un budget étalé sur de nombreuses années. Notre dossier sur les bourses et le financement des études de santé aide à anticiper cette dimension. De même, le niveau de rémunération à la sortie, abordé dans notre article sur les salaires et débouchés des professions de santé, éclaire la décision en mettant la durée en regard des perspectives professionnelles.
Pour les termes techniques rencontrés dans cet article, comme PASS, L.AS, MMOPK ou internat, vous pouvez consulter notre glossaire des études de santé. Et pour construire une stratégie de vœux cohérente sur Parcoursup, en tenant compte de la durée de chaque filière, reportez-vous à notre guide Parcoursup santé : attendus, vœux et stratégie. La durée des études est une donnée importante, mais c’est la cohérence d’ensemble du projet qui fait la solidité d’une candidature.